Une ode à la vie paysanne dans les Alpes du sud et la Provence : Jean PROAL

Sainte-Rose, Seyne @Nelly Blondel, Fort et Patrimoine

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« Il y avait toute la terre et tout le ciel avec ses arbres, ses ruisseaux, ses bêtes, ses rochers et ses nuages. Il y avait notre joie de vivre de petites bêtes libres et saines. Pauvres enfants des villes qui n’ont pas connu cela ! Ce bonheur éblouissant ! Et jour de classe en jour de classe, de jeudi en dimanche, d’automne roux en hiver blanc, de printemps bleu en été blond, la vie coulait à pleins bords comme une belle eau. »

Extraits de Carnet de Route (journal de Proal entrepris en 1935, publié en 1975)

Né le 16 Juillet 1904 à Seyne les Alpes, Jean Proal compte parmi les auteurs qui ont marqué la Haute Provence. Son père Paul-Cyprien Proal est originaire de Faucon, près de Barcelonnette, et sa mère, Marie-Amélie Reynier est seynoise.  Il passa une enfance heureuse au quartier de Sainte-Rose. Ses parents étaient instituteurs et vivaient dans la maison même qui servait d’école à sa mère. Toute sa vie il garda un souvenir merveilleux de cette enfance, marquée par une très forte relation affective avec sa mère ainsi que par la dureté de la vie paysanne en montagne. Ténacité, courage et sens du destin, sont omniprésents dans ses récits ainsi que la recherche d’authenticité des lieux. Mais la fiction vient souvent brouiller les pistes. Son œuvre est une ode à la vie paysanne dans les Alpes du Sud et en Provence.

Ses débuts dans le monde littéraire

@Les Amis de Jean Proal

@Les Amis de Jean Proal

Il quitte ses montagnes natales en 1918 pour aller étudier à Digne-les-Bains où il développe une passion pour le cinéma et l’écriture. Puis il travaille dans l’administration comme receveur de l’Enregistrement à Voiteur, Malaucène et Paris en 1942. Il démarre tôt sa carrière littéraire et s’intéresse à l’œuvre de Cécile Sauvage, poétesse peu connue. Il collabore à des revues tels L’Arlequin dignois, Le Feu, La Nouvelle Revue Critique, Les Lettres Françaises, les Nouvelles Littéraires, La Revue Hebdomadaire… Son premier roman Les Arnaud est retenu pour le Prix Goncourt qu’il manque de peu, mais ne sera publié qu’en 1941. Il a 28 ans quand Tempête de Printemps, son premier roman publié paraît en 1932 chez Denoël.

« Les quatre maisons qui semblent, voisines, se tenir chaud, le four banal, la fontaine commune, l’école, et l’aire qui sert de cour à l’école et de place publique au village, les seuils rapprochés, les bonjours échangés, les nouvelles murmurées et les services que l’on se rend entre voisins. »

Extraits de Suite Montagnarde 1948

Ses rencontres marquantes

@Les Amis de Jean Proal

Amitiés de Jean Proal @Les Amis de Jean Proal

Parmi les rencontres qui ont marqué sa carrière, il y a notamment Jean Giono qui, dans leurs échanges épistolaires entre 1929 et 1931, l’encourage à écrire. Introduit dans le monde culturel et celui de la critique littéraire de l’époque, il lie des contacts féconds, souvent amicaux, avec d’autres écrivains tels Joseph d’Arbaud, Henri Bosco, Max Jacob, Jean Tardieu, Blaise Cendrars, Joseph Delteil, Maria Borrély, Marie Mauron, Lucien Henry, Dominique Aubier, Léon Derey. Il côtoie les peintres Lucien Jacques, Louis Pons ou Roger Van Rogger, et les hommes de cinéma comme Henri Calef, Roberto Rossellini, Henri Clouzot, Denys Colomb de Daunant. Dans son chemin, il croise les grandes personnalités du monde du théâtre comme Louis Jouvet, Léo Lapara, Charles Dullin et Marguerite Jamois. Et des gens de radio et de télévision, Pierre Loiselet, Pierre Dumayet… Il côtoie et parfois sympathise avec des éditeurs, Denoël bien-sûr, mais aussi Julliard, Gallimard, Marguerat, ainsi qu’avec des directeurs de revues.

La reconnaissance

Jean Proal

Jean Proal @Les Amis de Jean Proal

En 1943, il reçoit le Prix Cazes pour Où souffle la lombarde. Jean Proal est d’abord un écrivain mais, mais il est attiré par les supports modernes – radio, cinéma, télévision. Bagarres est adapté au cinéma en 1948 par Henri Calef avec, entre autres, Maria Casarès, Marcel Mouloudji et Jean Vilar. L’intrigue se déroule autour du Mont Ventoux, on devine qu’il s’agit du village de Malaucène dans le Vaucluse. On ne  compte pas moins d’une dizaine de manuscrits publiés entre 1932 et 1956, mais aussi des tapuscrits, essais, articles, adaptations radio et cinéma, photographies et rééditions. Toutefois beaucoup de livres de l’auteur sont aujourd’hui introuvables. Certains ont été réédités mais victimes de leur succès, il est difficile de se les procurer. La bibliothèque de Seyne possède l’essentiel des livres de Jean Proal. La Mairie de Forcalquier et l’Association des Amis de Jean Proal produisent des revues annuelles et détiennent l’ensemble des publications et des renseignements sur la vie de l’auteur.

La fin de sa vie, toujours en Provence

@Les Amis de Jean Proal

Jean et Suzon Proal @Les Amis de Jean Proal

En 1950, gravement malade, il ne peut plus assumer ses fonctions de receveur et s’installe à Saint-Rémy-de-Provence. Il poursuit ses correspondances avec les personnalités qu’il a connues à Paris. Cette période de sa vie est marquée par l’amitié profonde qu’il noue avec les peintres Hans Hartung et Anna-Eva Bergman. Il rencontre aussi le poète Louis Aragon, les peintres Mario Prassinos et Georges Item. Il rencontre également sa deuxième femme Suzanne Gontier, dite Suzon, l’amour de sa vie. Quant à Marie Cazères avec qui il passa des années de relation discrète, il s’en sépare. Il ouvre un magasin d’électroménager en 1951, continue à écrire et participe aussi à des émissions littéraires. C’est alors qu’il se passionne pour la Camargue et reçoit le Grand Prix du roman de la Société des gens de lettres pour De sel et de cendre en 1953. Un de ses derniers romans, le Vin d’Orage en 1955, décrit ses nouvelles amours pour le Massif des Alpilles, et la profondeur poétique que lui inspire cette Provence.

« Le crissement des cigales arrivait à une telle continuité, une telle densité qu’il dépassait la limite perceptive du bruit. Si aigu, il était aussi lourd, aussi épais que l’odeur de résine chaude qui emplissait le vallon. De la cour sablée arrivait l’odeur du soleil qui l’avait brûlée tout l’après-midi, différente de celle des pierres, comme plus grenue et plus claire. »

En 1961, il reçoit le premier Prix de Provence, à Ventabren, pour l’ensemble de son œuvre.

Seyne, le village de son enfance

Seyne les Alpes, vue sur le Fort Vauban depuis Sainte Rose @Nelly Blondel, Fort et Patrimoine

Seyne les Alpes, vue sur le Fort Vauban depuis Sainte-Rose @Nelly Blondel, Fort et Patrimoine

Sans nul doute, l’eau est le personnage central de la nouvelle « Fontvive » que Jean Proal situe sur le versant des Essarts, à Sainte-Rose. On devine notamment le domaine de la ferme Reybaud, qui ressemble à s’y méprendre à la description de Proal. Le lecteur est invité à aborder l’âme profonde du paysan montagnard, face à ses problèmes existentiels, et au-delà. Depuis ce versant on voit parfaitement le fort et le village de Seyne, qui inspirent contemplation et méditation.

« C’est surtout, avant tout, cette source jamais tarie, jamais fléchissante, qui coule depuis deux cent ans à ras bord de sa gueule de terre, cinquante mètres au-dessous de la maison […] »

« Vers l’est, les jardins montent jusqu’à la muraille rousse du vieux fort qui ressemble avec son étrave penchée à quelque navire à l’ancre. Au-dessous, dans ce creux de terre qui boit le premier soleil, l’église sombre avec son doigt aigu, les deux grands ormes de la place, les premières maisons coiffées jusqu’aux yeux, avec leurs balcons de bois roux, puis la plongée sur la ville… ».

Le 24 Février 1969, Jean Proal meurt à Avignon des suites de graves troubles respiratoires. En 2019 sera célébré le cinquantenaire de sa mort. A cette occasion, les passionnés de l’auteur font revivre son œuvre grandeur nature. Les hommages se multiplient dans les villes chères à son cœur. D’abord à Digne-les-Bains, qui propose des expositions, des projections et des conférences autour de ses œuvres. Puis à Seyne-les-Alpes, qui lui consacre ses journées du Patrimoine de Pays, ainsi que plusieurs lectures de textes, des balades littéraires sur des sentiers séculaires. Ces itinéraires ont été réaménagés par les membres de l’association Fort et Patrimoine, qui font redécouvrir les lieux où Proal a vécu, à travers la montagne, les torrents, sous-bois et fermes de la Vallée de la Blanche… L’on partir à la découverte de ces itinéraires une fois par semaine, de Juin à Septembre, sur inscription à l’Office de Tourisme. Voir le programme complet des hommages ici.

 

 Sources:

Documentation des Archives départementales, de l’Association des Amis de Jean Proal puis de Fort et Patrimoine Pays de Seyne.

 

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